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mercredi 5 juin 2013

Timecrett en Kabylie païenne et socialiste libertaire | Kabyle.com

Timecrett en Kabylie païenne et socialiste libertaire

mer, 2013-06-05 11:13 -- Samia Ait Tahar
Le mois de mai de cette année n’a pas fait exception : lors du dernier vendredi, les At Wa3ban ont procédé au lâcher des ruisseaux nécessaires à l’irrigation de leurs terres agricoles. Pour que la saison soit bonne, les villageois sacrifient le même jour une dizaine de bêtes. C’est timecrett à At Wa3ban.
Des milliers de kabyle viennent de toute part du pays pour assister à cette tradition ancestrale, célébrée dans un esprit convivial, hospitalier et ouvert comme on le vit peu en Kabylie de 2013. Les At Wa3ban sont fiers de leur village, ils en ont une fierté saine et naturelle, qui ne frôle jamais l’arrogance ni l’agressivité. Ils sont foncièrement soucieux de mettre les étrangers à l’aise et de l’image que ces derniers auront de leur village. Ils sont fiers de réussir un évènement aussi généreux et de pouvoir y convier qui ils veulent.
C’est le matin très tôt que les habitants d’At Wa3ban lâchent tirrugwa. Historiquement, la tradition répond à la nécessité de pallier au manque d’eau qui se fait sentir dans les champs à la fin du printemps. Le partage se fait de façon équitable selon un système adéquat de déviations hydrauliques des fontes des neiges qui traversent le village. Essentiellement agricole, le village avait autrefois un besoin vital d’optimiser le travail de la terre.
Mais il n’y a pas que l’eau qui est partagée également entre les terres cultivables. La viande des bêtes sacrifiées est elle aussi équitablement divisée entre les familles du village. Il faut aussi souligner que le partage se fait en tenant systématiquement compte de la présence éventuelle d’invités pour les familles qui déclarent en avoir, qui recevront leur part pour diner. La viande est absolument délicieuse mais l’esprit de partage dans lequel se célèbre la tradition la rend tellement meilleure.
A coté du lâcher des tirrugwa et de timecrett, la tradition veut que les villageois et les visiteurs aillent ce jour-là se faire bénir en laissant une somme d’argent volontaire. L’argent est récupéré par le tajma3t, le comité de village. Cette année, les dons ont totalisé 86 millions de centimes de DA.
Mais il y a aussi lȣom, une autre habitude ancestrale qui doit être commentée. Elle consiste en la bénédiction des bébés nés peu avant la période de timecrett dans le mausolée érigé par le village à l’effigie de Muhend U3amran. Hormis la famille proche du nouveau-né, personne dans le village ne le verra jusqu’à au matin de timecrett. Ce jour-là, sa mère l’emmène au tombeau, le découvre et le fait passer par la fenêtre vers l’extérieur. Ainsi, son fils ou sa fille est protégée des mauvais sorts. Pendant ce temps, à l’intérieur du mausolée, c’est la fête, les femmes affluent pour chanter des chants traditionnels et danser au rythme de tbel.
Les villageoises ont pour habitude de visiter ce lieu qui est chargé de pouvoirs pour les At Wa3ban, même en dehors de timecrett. Par la présence de l’esprit de Muhend U3amran, le tombeau est perçu comme un lieu de recueil et de prière. « Seules les femmes y vont, nous explique un villageois. Si elle est stérile par exemple, ou si elle veut que sa fille se marie, une femme vient prier ici pour changer le cours du destin ». L’origine de ce personnage qui a marqué les At Wa3ban et continue à les fasciner n’est pas établie avec certitude pour les villageois, mais ils racontent tous l’histoire qu’il en reste aujourd’hui.
Amacahu, inid ahu
Il était une fois un village qui s’appelait At Wa3ban. C’était le dernier village qu’on rencontrait sur sa route si on bifurquait à droite à partir de I3attafen au lieu de continuer vers 3in-el-hamman. Arrivés à At Wa3ban, on arrivait au bout de la grande Kabylie. Isolé par son emplacement géographique, le village avait développé au fil des siècles une mentalité soudée et des mécanismes de fonctionnement originaux et efficaces, ainsi qu’une mentalité rebelle et fortement libertaire. Un jour arrive un étranger appelé Muhend. Il y vivra pour le reste de sa vie. Par sa bonté, sa sagesse et sa générosité, il bouleverse les villageois. Il en serait même venu à occuper un poste de responsable du village. A sa disparition, les At Wa3ban veulent l’immortaliser, le remercier et lui rendre hommage en l’enterrant dans un tombeau. Son nom, le sage le tient de « i3amranen », cette région d’où il avait dit être originaire. Ne sachant pas où il pourrait être enterré, il avait demandé reposer dans un endroit que les villageois craignaient particulièrement. Or, « Azrib n i3attaren, c’est cette route qui menait de la petite kabylie à At Wa3ban, la seule d’ailleurs à cette époque. Les villageois la surveillaient puisqu’elle représentait une entrée au village », nous explique Hammu At Sa3id, un villageois. C’est ainsi qu’on a exhaussé le vœu de U3mran en l’enterrant sur cette route. De son coté, Dda Tahar, habitant de Vgayet et de passage dans son village d’origine pour timecrett nous raconte comment le personnage continue à fasciner At Wa3ban. Comme le sort de cet imam arabophone soufi, ccix Dif, venu islamiser la Kabylie durant la guerre d’indépendance. Provoqué par le culte voué à U3mran, l’imam promet d’aller détruire son tombeau en commençant par le toit. Il ajouta: « S'il a vraiment elbarhan [des pouvoirs surnaturels, NDLR]; qu'il me fasse dégringoler depuis la platteforme [place centrale du village, NDLR]  ». Or, à peine quelque heures plus tard, l’imam fut exécuté par l’armée  francaise sur la place du village, continue Dda Tahar, laissant comprendre que le personnage de U3mran s'en trouvait grandit dans l’imaginaire kabyle. « Les gens ont interprété l’évènement comme une riposte de l’esprit de U3amran ». L’implication de l’armée française dans l’histoire la rend néanmoins peu claire : Pourquoi les français auraient-ils cherché à protéger le tombeau ? L’exécution de l’imam, relevait-t-elle de la coïncidence ? Les français avaient-ils joué aux exécutants de U3amran pour exploiter la superstition des kabyles et renforcer un culte culturel local ? Ou s’agissait-il réellement de la manifestation d’un pouvoir spirituel ?
La guerre d’indépendance
Le fait que U3amran nous mène à aborder 54-62 n’est que hasard. Car on ne peut jamais venir à At Wa3ban sans repenser à la guerre d’indépendance. Au courage incommensurable de ce village et aux barbaries commises par l’armée d’occupation. « Ma mère été torturée devant moi. Jamais je ne l’oublierai et jamais je ne le pardonnerai, raconte Hammu avec émotion. J’avais 12 ans en 1962. Mon père est mort en chahid à 39 ans ». Pikaso, un jeune du village, se joint à Hammu pour rappeler que At Wa3ban était le Quartier Général de la wilaya III et qu’il a été rasé le 11 Décembre 1957. Les habitants s’étaient alors réfugiés chez les Ibudraren. Le village avait enregistré une centaine de martyrs pendant la révolution, ce qui doit représenter une bonne partie des hommes qui pouvaient aller au combat à cette époque (At Wa3ban compte aujourd’hui 3 500 personnes). Nos interlocuteurs considèrent que les martyrs et les traumatismes de 54-62 sont une cause importante de la discontinuité de la transmission de l’histoire du village et en particulier de celle de timecrett. Il ne faut pourtant pas se tromper : la tradition a continué à être célébrée pendant la colonisation et pendant les années de guerre. « Sans aucun doute, timecrett était encore mieux organisée que maintenant », regrette Hammu, qui assure que la misère que vivait la Kabylie ne l’empêchait pas de sacrifier les bêtes : « A la différence de maintenant, il y’avait beaucoup d’élevage ici.  Et les bergers offraient des bêtes pour l’occasion. C’était une grande fête et elle se passait toujours très bien ». A cette époque-là, nuancera-t-il, les étrangers n’étaient pas invités à y participer.  
Aqdar
Mais le malheur des At Wa3ban ne s’est pas arrêté à la guerre anti-coloniale. L’Algérie indépendante a aussi apporté son lot d’oppression et de complications dans le droit du village à vivre et développer sa culture ancestrale. Le village célébrait beaucoup d’autres fêtes, se souviennent Hammu et Pikaso. « Tu te souviens de Aqdar ? demande Hammu à Pika. C’était juste une semaine ou deux avant timecrett. Elle correspondait au moment où les bêtes d’élevage étaient amenées dans le pré pour y passer l’été et brouter. Tous les bergers du village devaient ramener leurs bêtes à Amrah [un terrain vague au dessus du village NDLR] , y compris ceux qui habitaient en dehors d’At Wa3ban ». Hammu explique que durant tout l’été, la garde des troupeaux se faisait à tour de rôle. Deux bergers gardaient le troupeau ensemble chaque jour. La nuit tombée, deux autres venaient les remplacer pour le lendemain. Ils apportaient avec eux le diner. Ils mangeaient et passaient la nuit ensemble, tous les quatre. Le lendemain, les deux nouveaux arrivés prenait la relève pour s’occuper du troupeau et ainsi de suite. Cette tradition correspondait au besoin de consolider l’esprit communautariste du village et la cohésion de son élevage et de ses habitants. Aqdar était célébrée en coup d’envoie de la saison du pâturage collectif. On y faisait des combats de bœufs et des activités tout à fait singulières comme el ȣard, cette compétition au tir au fusil de chasse qui visait à toucher un rocher posé en objectif. « Gamin, je ne ratais jamais cette fête, plus amusante que timecrett pour moi, raconte Pikaso, 39 ans. Mais elle a complètement disparu depuis les années 90. Les villageois ont arrêté de la célébrer notamment à cause de l’insécurité due à l’installation de groupes terroristes aux alentours d’At Wa3ban à cette époque. Amrah se trouve à un bon kilomètre de marche du village et en pleine montagne ».
Socialisme kabyle, mais encore ?
En plus de l’âme d’équité qui imprègne la tradition, en plus de la générosité et l’hospitalité des At Wa3ban, rendue palpable par l’accueil impeccable des visiteurs, d’autres caractéristiques du village se manifestent à cette occasion. L’ouverture d’esprit des At Wa3ban en est une. « La mixité est naturelle pour nous », s’exclame Pikaso, lors de cet évènement fêté sans aucune séparation entre hommes et femmes y compris lorsqu’on danse. La mixité est d’ailleurs de règle ici lors des autres fêtes telles que les mariages. De plus, la laïcité et l’esprit républicain sont aussi surprenants. Pour les musulmans et les chrétiens du village, la religion se pratique pour soi et sans prendre de manifestation culturelle ni ostentatoire. Le nombre très limité de hidjabs dans l’évènement est une bonne illustration de la mentalité foncièrement laïque des At Wa3ban. Il est sans aucun doute difficile de trouver en Algérie un agroupement humain pris au hasard qui présente aussi peu de femmes voilées. Il faut aussi noter que les autres villages de la commune d’Aqbil ne sont pas épargnés par la montée de l’islamisme. Les At La3ziz et les At Meslayen sont cités ici en exemple pour illustrer des reculs vertigineux de la laïcité dans la région. Une influence que beaucoup de villageois ici sont déterminés à contenir, notamment en maintenant le caractère tolérant de la mosquée qui ne dérange pas les habitants par l’adan et qui refuse coup après coup l’intégration d’imams envoyés de l’extérieur.
Organisation collective
Avec une efficacité exemplaire, les villageois vivent et convient à une journée remplie, reproduisant une tradition ancestrale qui en dit long sur l’esprit d’organisation, de partage et d’ouverture kabyle. En termes d’organisation villageoise, timecrett est une preuve vivante que le peuple kabyle sait depuis la nuit des temps organiser des actions collectives, et ce, de façon véritablement efficace. Pour timecrett, aucun responsable n’arrive en retard. L’achat des bêtes a toujours lieu à temps. La viande est toujours également divisée, même lorsque les modalités de division sont compliquées. La répartition est toujours terminée à temps et les règles d’hygiène sont respectées. Le sérieux est de mise et le compromis est un compromis. On ne se dérobe ni par des « normalement », ni par des « nchallah » ni par des « ellah ghaleb ». Il est donc peu prudent de croire, comme beaucoup, les kabyles sont un peuple foncièrement désorganisé. Malmenés par l’histoire moderne, il semble que nous semblons avoir perdu l’aptitude de gérer des nouvelles situations. Mais  la capacité d’organisation se met en route de façon remarquable lorsqu’il s’agit de traditions bien ancrées. L’exemple de timecrett est à observer avec attention pour qui s’intéresse à organiser le peuple kabyle à travers dans des actions de terrain ou d’autonomisation.
Pour toutes les raisons qui font de timecrett un pari tenu depuis des siècles, le passage à At Wa3ban représente un indescriptible bol d’air frais. Pour les mêmes raisons, ceux qui n’y sont jamais allés sont vivement invités à y aller, tandis que ceux qui connaissent déjà apprécieront sans aucun doute possible d’y retourner.
Samia Ait Tahar
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mardi 4 juin 2013

« L’Algérie est arabe et musulmane » | Tamurt.info - Votre lien avec la Kabylie


Selon le sujet de littérature arabe du BAC

« L’Algérie est arabe et musulmane »

Faroudja Aït Massal pour Tamurt.info
Les candidats Kabyles ainsi que leurs parents n’ont pas caché leur indignation face à ces graves dérapages du ministère de l’éducation. L’arabisation effrénée prônée depuis plus d’un demi-siècle par le clan d’Oujda a pris des proportions alarmantes depuis l’arrivée d’Abdelkader El Mali (Bouteflika ) au pouvoir.
04/06/2013 - 12:49 mis a jour le 04/06/2013 - 14:21 parFaroudja Ait Massal
Le nouveau ministre algérien de l’éducation, Abdelatif Babahmed, ne rate aucune occasion pour rabaisser un peu plus l’identité Amazigh. Après avoir annoncé la semaine passée que l’enseignement de la langue Tamazight relèvait du domaine de l’impossible, il enfonce le clou avec les sujets présentés aux candidats du baccalauréat. En effet, dans la matière littérature arabe, le sujet donné est une insulte flagrante envers les amazigh de l’Afrique du nord.
« L’Algérie est une nation arabe et musulmane », peut-on lire au début du texte de cette matière. Le sujet ne fait aucune référence aux amazighs d’Algérie. Dans un pays qui se respecte, les responsables d’un tel acte sont passibles de peine d’emprisonnement «  pour ségrégation raciale ».
Les candidats Kabyles ainsi que leurs parents n’ont pas caché leur indignation face à ces graves dérapages du ministère de l’éducation. L’arabisation effrénée prônée depuis plus d’un demi-siècle par le clan d’Oujda a pris des proportions alarmantes depuis l’arrivée d’Abdelkader El Mali (Bouteflika ) au pouvoir.
Malheureusement, le système éducatif algérien qui a produit le plus grand nombre de terroristes en Algérie a, apparemment, encore de beaux jours devant lui. De ce fait, il n’est pas étonnant de voir les enfants des hauts responsables de ce pays inscrits dans des écoles étrangères. Il en est de même pour le système de santé ! A bon entendeur.
Faroudja Aït Massal

Les candidats Kabyles pénalisés par les correcteurs | Tamurt.info - Votre lien avec la Kabylie

Examens du baccalauréat
Nul besoin d’arguments pour démontrer la partialité des institutions qui favorisent les candidats non-kabyles. Les relevés de notes le démontrent clairement. Malgré tous ces blocages, et ces magouille, le taux de réussite au baccalauréat est toujours supérieur en Kabylie que dans les autres régions.
04/06/2013 - 12:29 mis a jour le 04/06/2013 - 14:41 parYouva Ifrawen
L’examen le plus important dans la vie d’un écolier, le Baccalauréat, débuté depuis hier en Algérie, semble plus difficiles pour les candidats Kabyles que pour les autres candidats d’Algérie.
Certes ce sont les même sujets auxquels sont confrontés l’ensemble des candidats, mais le barème de correction est différent. Les Kabyles sont plus pénalisés par les correcteurs. Cette information n’est pas nouvelle. Depuis l’indépendance, les Kabyles sont soumis à cette injustice latente.
Des parents d’élèves et des enseignants ont à maintes reprises dénoncé cette politique de deux poids deux mesures. Il suffit de jeter un œil sur les notes obtenues par les candidats après l’examen pour se rendre compte de cette ségrégation. Par exemple, un candidat de la branche littéraire Kabyle ne pourra jamais obtenir une note supérieure à la 14/20 en philosophie, quelques que soit ses performances. « C’est le plafond », expliquent les enseignants correcteurs. Par contre, un candidat de la région de Skikida en étant moins performant que le kabyle peut obtenir une note, dans la même matière, de 19/20.
Le barème de notation envers les Kabyles est des plus sévère, alors que pour le reste des régions algériennes, les notes de toutes les matières sont gonflées. « L’année passée j’ai corrigé les copies des candidats de la région de Blida dans la matière mathématiques de la série sciences exactes, on nous a donné instruction d’ajouter 4 points pour chaque candidats qui ont obtenu une moyenne inférieure à 10/20, 3 point pour ceux qui ont obtenus moins de 15/20 et 1 point pour ceux qui ont entre 15 et 19/20 », nous révéla une enseignante Kabyle.
Ces mêmes instructions, officieuses bien sûr et ségrégationnistes, n’ont pas été donné par le ministère de l’éducation au correcteurs des copies des candidats de la Kabylie.
Nul besoin d’arguments pour démontrer la partialité des institutions qui favorisent les candidats non-kabyles. Les relevés de notes le démontrent clairement. Malgré tous ces blocages, et ces magouille, le taux de réussite au baccalauréat est toujours supérieur en Kabylie que dans les autres régions. « Les minorités ethniques font tout pour s’imposer dans tous les pays du monde où leurs droits sont bafoués, et c’est le cas pour les Kabyles en Algérie. Cette ségrégation a reflété positivement sur la volonté des Kabyles de démontrer leur existence et leurs compétences », nous expliqua un pédagogue.
Youva Ifrawen

la relation partenariale reprend après 5 ans de gel | Tamurt.info - Votre lien avec la Kabylie

Jumelage entre Tizi-Ouzou et Roche-sur-Yon :
La journée d’avant-hier a été traduite par une réunion au siège de l’APC de Tizi-Ouzou des élus de cette commune avec leurs homologues de Roche-sur-Yon. Les deux parties se sont mises d’accord sur l’apport français aux Tizi-Ouziens en matière de connaissances sur le développement économique, social, culturel et de protection de l’environnement.
04/06/2013 - 14:22 mis a jour le 03/06/2013 - 22:47 par Saïd Tissegouine
La relation partenariale entre les villes de Tizi-Ouzou (Algérie) et la Roche-sur-Yon vient de reprendre après 5 ans de gel. C’est pour mettre fin à ce « gel » qui remonte à l’année 2008 qu’une délégation du pays de Georges Clemenceau (Vendée), sur invitation des élus de l’APC de Tizi-Ouzou, séjourne dans la capitale du Djurdjura depuis trois jours.
La journée d’avant-hier a été traduite par une réunion au siège de l’APC de Tizi-Ouzou des élus de cette commune avec leurs homologues de Roche-sur-Yon. Les deux parties se sont mises d’accord sur l’apport français aux Tizi-Ouziens en matière de connaissances sur le développement économique, social, culturel et de protection de l’environnement. Il est surtout question pour les Roche-Yonnais d’inculquer et d’apprendre aux Tizi-Ouziens la méthode de développement selon le concept de « démocratie participative » qu’ils disent maîtriser, puisqu’ils en ont une longue et profonde expérience. En tout cas, c’est ce que les deux parties ont laissé entendre, aujourd’hui dans l’après-midi, à l’issue d’une conférence de presse qu’elles ont animée conjointement à l’hôtel Lalla-Kheddidja de Tizi-Ouzou. Du côté français, M. Tarek Tarrouche, adjoint au maire délégué aux relations internationales, a affirmé que ce redémarrage dans les relations entre Tizi-Ouzou et Roche-sur-Yon, constitue une « réelle opportunité pour les deux parties de développer davantage les bonnes relations d’amitié existantes déjà depuis un quart de siècle ». M.Tarek Tarrouche a également évoqué certains mécanismes que sa municipalité compte actionner au profit de la ville de Tizi-Ouzou, à l’exemple de la possibilité de mobilisation de certains organismes internationaux aux compétences et expériences avérées.
Du côté de Tizi-Ouzou et par le biais de M. Idir Nekkache, l’accent a également été mis sur la volonté des élus de développer la relation partenariale entre Tizi-Ouzou et Roche-sur-Yon. A la question de savoir dans quels domaines exactement les Roche-Yonnais peuvent apporter leur savoir-faire aux Tizi-Ouziens, Idir Nekkache a donné la liste des créneaux arrêté provisoirement par ses camarades élus où les Français peuvent apporter leur savoir-faire.
La curiosité des journalistes a cependant surpris les conférenciers. Ceux-ci ont été même mis dans une certaine gêne. En effet, beaucoup de questions ont été centrées sur d’ « éventuels acquis concrets » au profit de la ville de Tizi-Ouzou depuis son opération de jumelage avec la Roche-sur-Yon qui remonte à l’année 1988. Les conférenciers tizi-ouziens ont trouvé la réponse en accablant les anciennes équipes dirigeantes de n’avoir pas impliqué la société civile dans cette relation partenariale. Les Roche-Yonnais quant à eux ont trouvé une échappatoire en déclarant tout simplement que les liens d’amitié entre les Tizi-Ouziens et les Roche-Yonnais n’ont jamais cessé. Ils sont allés même jusqu’à citer le témoignage de certains Algériens ayant séjourné à Roche-sur-Yon où l’hospitalité des habitants de cette commune a été mise en avant. Cependant, les journalistes sont restés sur leur faim car aucun projet réel de développement ne leur a été cité comme exemple.
D’ailleurs, le communiqué de presse élaboré par l’APC de Tizi-Ouzou a été laconique. Ce document note toutefois que la délégation de Roche-sur-Yon est composée de M.Tarek Tarrouche, adjoint au maire délégué aux relations internationales, Mme Nicole Chabot, conseillère municipale déléguée à la coopération décentralisée, M. Patrick Dinel, adjoint au maire délégué aux travaux et la voirie, M. Salah Yataguène, chargé de mission à la Direction de la communication, Mme Hélène Crépeau, responsable du service relations internationales et M. Joseph Alain, membre de l’association AEIN(comité de jumelage). Le document identifie également la ville de Roche-Sur-Yon comme étant situé « à l’ouest de la France, sur la côte atlantique, dans la région des pays de la Loire. Cette ville de 54.000 habitants est la capitale de la Vendée et a été fondée par Napoléon en 1804. Elle est aujourd’hui une ville principalement administrative et compte sur son territoire quelques grandes entreprises et de nombreuses PME et PMI (petites et moyennes entreprises et petites et moyennes industries) ».
Le communiqué de presse rappelle par ailleurs que « la ville de Roche-sur-Yon est jumelée avec la ville de Tizi-Ouzou depuis 1988, 25 années au cours desquelles plusieurs échanges de citoyens ont été réalisés ainsi que des échanges de pratiques et d’expériences dans de nombreux domaines ». « Suite à la période difficile des années 2000, peut-on encore lire dans le document, le flux des échanges a été ralenti. L’objectif de cette rencontre réside dans la volonté de la nouvelle équipe municipale de Tizi-Ouzou de réactiver ce partenariat franco-algérien ».
Notons enfin que la délégation française a, depuis son arrivée, rencontré de nombreux responsables de comités de quartiers et villages de la commune de Tizi-Ouzou. Le déplacement des Français dans les villages de la commune a été assuré par l’APC de Tizi-Ouzou.

À l’ombre des printemps arabes, le réveil des Berbères | Humanite

Afrique du Nord

À l’ombre des printemps arabes, le réveil des Berbères


Dans tout le Maghreb, la revendication culturelle berbère connaît un nouvel élan depuis les soulèvements populaires de 2011. Certains y voient une digue contre les modèles politico-religieux venus d’Orient.
C
’est peut-être un autre printemps, à l’ombre des bouleversements qui refaçonnent l’Afrique du Nord. De Casablanca à Tripoli, le Maghreb se redécouvre berbère. Trente-trois ans après le printemps berbère d’Algérie, c’est à l’Est que se joue ce réveil culturel. Dans la Libye post-Khadafi, les Amazigh (10% de la population) sortent de l’ombre et demandent la reconnaissance officielle d’une culture et d’une langue longtemps réprimées. En Tunisie, où l’idiome s’est plus perdu qu’ailleurs (il n’y aurait plus que 150 0000 locuteurs, principalement dans le sud), les jeunes générations tentent de se le réapproprier. Depuis la chute du dictateur Ben Ali, d’innombrables associations ont vu le jour. Même les non locuteurs revendiquent l’héritage berbère comme une composante irréductible de l’identité du pays. « Avant la révolution, nous ne pouvions pas nous exprimer, afficher notre identité, c’était mal vu des autorités. La langue n’était plus parlée que dans les maisons, presque clandestinement », résume Mohamed Khalfallah, un habitant de Gafsa, membre fondateur de l’Association tunisienne pour la culture amazigh. Lors du Forum social mondial de Tunis, fin mars, les ateliers consacrés à la question berbère ont attiré une foule nombreuse et suscité des débats passionnés. Là, des enjeux proprement politiques ont affleuré. Avec l’idée que ce mouvement de réappropriation culturelle pourrait opposer, en Afrique du Nord, une digue aux modèles politico-religieux venus d’Orient. Pour Salem Chaker, professeur à l’Université d’Aix-Marseille, spécialiste de linguistique berbère, ces mutations culturelles sont l’indice de profondes transformations politiques. « Malgré les apparences, le Maghreb arabe, c’est fini. Il y a un échec historique de l’idéologie panarabe et même si on ne le perçoit pas encore, des idéologies islamistes. Même chez les arabophones, ce modèle du panarabisme est condamné, car il n’a apporté que la répression et l’échec socio-économique généralisé. Quant aux islamistes parvenus au pouvoir, ils n’offrent, dans un contexte de crise, aucune perspective de progrès social », analyse-t-il.
En Lybie, la demande d’officialisation de la langue Amazigh dans la future constitution alimente de vifs débats. « Alors que nous avons apporté une contribution décisive à la chute du régime de Kadhafi, la reconnaissance officielle de notre langue divise le Parlement. Dans les faits, ils ne sont pas prêts à reconnaître nos droits, notre culture », redoute Mohamed Bagoush, un Berbère de Zouara, ville côtière du nord est-libyen. Longtemps marquées par la méfiance et la répression, les relations entre les berbères de l’Adrar n’Infusen (au nord-est) et le pouvoir central pourraient à nouveau se tendre, alors que planent de sévères menaces sur l’unité libyenne. Surtout si le contentieux culturel et linguistique se double de tentatives d’uniformisation religieuse. Comme les Mozabites d’Algérie, la majorité des berbères de Lybie sont des Ibadites : ils appartiennent à un courant minoritaire, hétérodoxe de l’Islam, distinct du sunnisme et du chiisme. « Cette communauté très structurée revendique aussi la reconnaissance de sa spécificité religieuse, ce qui la pousse, curieusement, vers des positions laïques, garantes à ses yeux du pluralisme religieux », explique Salem Chaker.
Au Maroc, où la revendication culturelle berbère est plus ancienne, le Palais, conscient de sa charge subversive, a pris les devants, après le mouvement du 20 février, qui avait vu fleurir des banderoles en tifinagh, l’alphabet amazigh. Dès l’été 2011, la nouvelle constitution censée désarmer la contestation sociale et politique consacrait la reconnaissance officielle de la langue amazigh, que parlent 40% des Marocains. Une ouverture contrôlée, puisque la loi fondamentale renvoie à d’hypothétiques lois organiques.
Paradoxalement, en Algérie, berceau du mouvement culturel berbère, ce mouvement populaire profond, porteur de revendications démocratiques fortes, a semblé s’essouffler ces dernières années. En Kabylie, la sanglante répression du printemps noir de 2001 reste dans toutes les têtes. La région demeure marginalisée sur les plans social, économique, culturel. À 100 kilomètres de la capitale, elle est livrée à l’insécurité qu’y sèment bandes criminelles et islamistes armés. Dans les cercles officiels, on ne manque jamais une occasion de s’effrayer des « périls sécessionnistes » qui guetteraient le pays. Plusieurs milliers de personnes sont toutefois descendues dans les rues de Tizi Ouzou le 20 avril dernier pour commémorer le Printemps berbère, « Tafsut imazighen ».« En Algérie, les contradictions sont très anciennes, très violentes. Le pays est encore traumatisé par la violence extrême des années 90. En Kabylie, le printemps amazigh de 1980 a ouvert un cycle de révoltes durement réprimées, qui ont fini, chaque fois, en queue de poisson. C’est vrai aussi pour les luttes sociales, les revendications féministes, que la forte capacité de reproduction du système a réussi à user. La population est fatiguée. Mais ce pays  reste un volcan non éteint », constate Salem Chaker.
Dans tout le Maghreb, ce nouvel élan de la revendication berbère se double d’une grande aspiration à l’unité. « Les langues et la culture amazigh sont la colonne vertébrale qui peut unir l’Afrique du Nord », résume Khadija Ben Saidane, présidente de l’association des Amazigh de Tunisie. Cette nouvelle Afrique du Nord, les Berbères l’ont déjà baptisée. « Tamazgha », la terre des hommes libres.
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jeudi 30 mai 2013

Procès Amina, la Femen tunisienne: son père se dit « fier de sa fille » qui commet peut-être «des actes démesurés» mais qui au moins «défend ses idées».

Procès Amina, la Femen tunisienne: son père se dit « fier de sa fille » qui commet peut-être «des actes démesurés» mais qui au moins «défend ses idées».

30/05/2013 - 19:35

KAIROUAN (SIWEL) — La Femen Tunisienne Amina Sboui, âgée de 18 ans, a été arrêtée ce 19 mai à Kairouan après avoir tagué le mot « Femen » sur un muret proche du cimetière de la grande mosquée. Son procès s'est ouvert aujourd’hui dans un climat houleux à Kairouan, la « ville garnison » des débuts de la conquête islamique en Afrique du Nord. Tandis que les démocrates tunisiens se murent dans un silence coupable, le père d’Amina, outré par tant d’intolérance, s’est déclaré « fier de sa fille qui commet peut-être des actes démesurés mais défend ses idées »


le procès d'Amina, jeune Femen Tunisienne, s'est ouvert aujourd'hui à Kairouan, symbole de la conquête arabo-islamique de l'Afrique du Nord. (PH/DR)
le procès d'Amina, jeune Femen Tunisienne, s'est ouvert aujourd'hui à Kairouan, symbole de la conquête arabo-islamique de l'Afrique du Nord. (PH/DR)
Officiellement, Amina est poursuivie pour le port prohibé d'un spray lacrymogène mais elle sera probablement jugée pour « profanation de cimetière » pour avoir écrit le mot Femen sur un muret. Elle risque entre six mois et cinq ans de prison. 

En soutien à leur camarade tunisienne, trois militantes de Femen, 2 françaises et 1 allemande, sont allées protester devant le tribunal de Tunis. Elles ont été embarquées et déférées devant le parquet de Tunis pendant qu’Amina se présentait devant le tribunal de Kairouan sous les copieuses insultes de dizaines de personnes soutenus par des «magistrats» de kairouan qui demandaient à participer au procès en tant que…partie civile.

Hormis quelques démocrates qui pourraient bien êtres qualifiés de « radicaux », dont la réalisatrice Nadia Fani, l’écrasante majorité des démocrates tunisiens restent silencieux et se dérobent face à l’insistance gênante de certains journalistes qui leur demandent pourquoi ils ne soutiennent pas la jeune Amina, ne serait-ce que dans le cadre de la liberté d’expression qu’ils défendent pourtant. 

Il faut dire qu’avec l’affaire de « Kairouan », les choses se sont encore aggravées pour la jeune Femen tunisienne. En effet, Amina a choisi la ville la plus conservatrice de Tunisie : Kairouan, dont le nom signifie « campement » en arabe est le symbole de la conquête islamique de l’Afrique du Nord. Elle a été fondée vers 670, au début de la conquête arabe menée par Oqba Ibn Nafaa. Ce n’est donc pas un hasard si Kairouan a été choisie par Amina, tout comme ce n’est pas un hasard si les salafistes tunisien du groupe « Ansar al-Charia » prévoyaient justement de d’y tenir leur congrès annuel, finalement interdite par le gouvernement islamiste d’Enahda débordé par la violence trop ostentatoire de ses alliées. 

Mais avant l'affaire « Kairouan », Amina avait déjà défrayé la chronique tunisienne en publiant sur les réseaux sociaux des photos d’elle, poitrine nue. Elle avait reçut des dizaines de menaces et une partie de sa famille, essentiellement sa mère et son cousin, l'avaient qualifiée de « dépressive », voire de « déséquilibrée psychiatrique » pour justifier son acte jugé démesuré. Sa mère avait déclarée que sa fille « n'avait pas atteint la maturité nécessaire pour mesurer ses actes », « surtout avec ses troubles psychiatriques…». 

Amina n’a pas été non plus soutenue par les démocrates tunisiens. Ses seuls soutien sont venus de ses camarades Femen et, fait assez insolite dans les sociétés à dominante musulmane, par son père qui, outré par la vague d'intolérance qui s’est abattu sur sa fille, a déclaré être «fier de sa fille » qui commet peut-être «des actes démesurés» mais qui au moins «défend ses idées». 

Malgré l’opposition toute relative des démocrates tunisiens au radicalisme salafiste, la société tunisienne reste néanmoins conservatrice et les démocrates tunisiens ont beaucoup de mal à assumer un soutien à la jeune tunisienne qui a osé, seule, défier la terreur islamiste. Les « démocrates » tunisiens auraient au moins pu exiger des comptes sur l’enquête de la justice tunisienne, tenue par les islamistes d’Enahda, sur l’affaire des tombes juives profanées il y quelques mois à Souss. Mais non, l’affaire est oubliée, tandis qu’Amina continue de défrayer la chronique tunisienne pour avoir provoqué la léthargie tunisienne avec sa poitrine nue et pour avoir tagué, avec le mot «Femen» un muret à proximité d’un cimetière mais c’est elle qui est poursuivie pour « profanation de cimetière ». 

L’arrivée au pouvoir des islamistes d’Enahada « démocratiquement élus », comme le fut d’ailleurs Hitler dans son triste temps, a finit d’achever les aspirations démocratiques de la « révolution du jasmin » balayée par le «printemps arabe» comme cela a été magistralement illustré par l’incroyable affaire de Meriem Ben Mohamed, la jeune tunisienne poursuivie pour « attentat à la pudeur après avoir été violée par deux agent de l’ordre public… 


zp, 
SIWEL 301935 MAI 13 

Armée, islamisme et Bouteflika : bienvenue chez les Borgia

Armée, islamisme et Bouteflika : bienvenue chez les Borgia

LE MONDE |  • Mis à jour le 
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Boualem Sansal (Ecrivain)Le président algérien, hospitalisé depuis le 27 avril au Val-de-Grâce, a été transféré "dans un autre établissement afin d'y poursuivre sa convalescence".

Franchement, je ne suis pas particulièrement excité à l'idée d'écrire un papier sur l'Algérie. Il ne se passe rien dans le pays, je veux dire de neuf, de piquant, quelque chose qui date de ce siècle, qui interroge l'avenir et fait vibrer les jeunes. Des articles pour dire qu'il ne se passe rien de neuf, j'en ai écrit des tas ces douze dernières années, ils n'ont jamais rien appris à personne. Toujours les mêmes vieilleries, du réchauffé, des rumeurs de harem, les sempiternels trucages, des rodomontades d'anciens combattants, des discours creux, des successions poussiéreuses entre vieux de la vieille. Pff, c'est ennuyeux àmourir. Je voudrais pouvoir parler de choses belles et neuves, mais ça n'existe pas, ça me rend triste.

Il y a trois raisons à cette misère lancinante : l'armée, l'islamisme et Bouteflika. Il faut les voirun à un et les considérer ensemble dans leur relation intime. Nocifs, ils le sont pareillement, mais leur rapprochement est atomique, c'est la réaction en chaîne, l'apothéose du "Mal", et une radioactivité installée pour des siècles. Cela, chacun le sait, depuis toujours. Je l'écrivais déjà en 2000. Je n'étais pas le premier. En 1964, deux années à peine après l'indépendance, Mohamed Boudiaf, opposant lumineux au régime noir d'Alger, réfugié au Maroc, publiait un livre, Où va l'Algérie ? (Editions Librairie de l'étoile), dans lequel précisément il s'interrogeait sur l'avenir du pays qui pourtant avait fait de la planification socialiste et de l'héroïsme au travail sa ligne de conduite. Il n'a rien vu de rassurant. Boudiaf est le premier révolutionnaire algérien : en 1954, il a créé le Front de libération nationale (FLN) et déclenché la lutte armée contre la France.
A l'indépendance, écoeuré par les agissements des nouveaux dirigeants de l'Algérie, enivrés par le pouvoir, il les dénonça et dut fuir à l'étranger pour échapper à leurs tueurs. Ils le rattrapèrent trente-huit ans plus tard, l'attirèrent dans un guet-apens et l'assassinèrent d'une rafale dans le dos, sous le regard effaré du public et des caméras. C'était le 29 juin 1992, il avait 73 ans. Crime parfait, on connaît les assassins, trois généraux, on sait où ils habitent, où ils travaillent, mais aucune justice ne peut les atteindre. Même le diable a peur d'eux.
Ces messieurs ont vieilli, ils ont tous le cancer et des cirrhoses carabinées, mais leurs enfants sont là, beaux, brillants, polyglottes, efficaces comme des managers de multinationale, ils trafiquent avec le monde entier ; ces dernières années ils le font avec les Chinois, les Russes, les hindous, les Turcs, et l'incontournable Dubaï. On travaille en confiance avec eux, ils ne collaborent jamais avec la justice internationale. L'argent, ils le gagnent là mais le dépensent en Occident, où la démocratie sait protéger les riches et les voleurs. Ils y retrouvent leurs copains, les fils de dictateurs, les Kadhafi, les Moubarak, les Trabelsi, les Wade, les Bongo... avec qui ils font du business et prennent du bon temps dans les boîtes à la mode. Pour eux, le pays de papa n'est qu'une planche à billets.
MASSACRES AVEUGLES
Après dix années de terrorisme et de massacres aveugles, les islamistes ont compris le sens de l'histoire, ils ont abandonné les maquis des montagnes et intégré les maquis des villes. Ils ont pignon sur rue, ils tiennent la quasi-totalité du commerce de gros et demi-gros. Voici le deal que les généraux ont conclu avec eux avant de signerla loi d'amnistie générale, appelée "réconciliation nationale" : les généraux tiennent le haut bout de la chaîne de l'argent – ils contrôlent la Sonatrach, les banques, décident la politique économique du pays, imposent les modalités budgétaires, fiscales et autres. Ainsi, ils connaissent d'avance ce qu'ils vont gagner et ce que le peuple vaperdre ; les barbus tiennent l'autre bout de la chaîne, ils réceptionnent les conteneurs des généraux, répartissent la cargaison entre leurs émirs et leurs troupes. Avec les miettes, ils dotent les mosquées et aident les pauvres à survivre. En plus d'une portion de la rente, ils ont aussi leur quota de ministres, députés, sénateurs, ambassadeurs, hauts fonctionnaires. De cette façon, ils font le lien avec l'internationale islamiste pour leur compte et pour le compte des têtes pensantes de la junte militaire.
Et tout là-haut, replié en son palais blockhaus, imprévisible et redoutable, il y a Bouteflika. Sa maladie mystérieuse et son air hagard ajoutent à la menace. En fait il faut dire "les Bouteflika". Abdelaziz n'est rien sans sa fratrie autour de lui. C'est un peu les Borgia, ces gens, en plus fort. Le plus efficace est le cadet, Saïd, un génie de l'intrigue. Il n'a pas de fonction officielle mais il décide tout, surveille tout. On dit qu'il est féroce. Les ministres pissent dans leur froc quand il les convoque. Les généraux le détestent, un jour ils le tueront.
Dès qu'Abdelaziz rendra l'âme, Saïd le suivra dans la tombe. Les dossiers qu'il a constitués ne l'aideront pas, la justice les réfutera. Le président, qui a l'esprit dynastique, lui a confectionné un puissant parti pour le soutenir, dirigé par des apparatchiks capables de faire élire n'importe qui à n'importe quel poste ; ils feront barrage contre les généraux et les islamistes, mais au final ils trahiront, c'est la règle. Le pauvre Saïd aura du mal, voler dans l'ombre du frère président est une chose, voler de ses ailes sans bouclier ni parachute en est une autre. En attendant, tout ce beau monde amasse de l'argent par camions, c'est le carburant des guerres à venir. Grâce à Dieu, le prix du baril tient la cote, l'argent coule à flots, la réserve déborde de partout. Jusque-là, il a permis une cohabitation acceptable, personne n'est vraiment lésé, les milliards qu'on nous chaparde le matin, on les refait l'après-midi. Et voilà, nous avons tous les éléments de la pièce qui va se jouer dès l'annonce de la mort d'Abdelaziz Bouteflika : les acteurs, l'intrigue, le décor, les figurants. Il y a les parrains des uns et des autres, français, américains, russes, saoudiens, qataris, mais on ne les voit pas, ils sont derrière le rideau.
En vérité, la pièce est écrite depuis longtemps et se joue déjà dans les coulisses, les trois coups ont été frappés à l'instant où Bouteflika a été évacué à Paris, dans son hôpital préféré du Val-de-Grâce. Ombres, murmures et courants d'air. On pourrait se poser les questions qu'on se pose depuis le premier putsch en 1962, mais cela sert-il ? Nous recevrons les mêmes fausses réponses. Bouteflika mort, l'armée fera le ménage et adoubera Tartempion VI. Le roi est mort, vive le roi et Allah est grand.

Lire le débat : Algérie : comment préparer l'après-Bouteflika ? avec les contributions de Luis Martinez, directeur de recherche au CERI-Sciences Po ; Mansouria Mokhefi, historienne, responsable du programme Moyen-Orient Maghreb à l'Ifri ; Boualem Sansal, écrivain ;Mohamed Chafik Mesbah, politologue, officiersupérieur, en retraite, de l'Armée nationale populaire et des proches des moines de Tibéhirine, des historiens, des politiques.

dimanche 26 mai 2013

Hommage à Tahar Djaout | Tamurt.info - Votre lien avec la Kabylie

Maison de la culture Mouloud Mammeri de Tizi-Wezzu :

Hommage à Tahar Djaout

De Tizi-Wezzu, Saïd Tissegouine
Le rappel du parcours littéraire, journalistique, poétique et intellectuel de l’auteur du célèbre dixit « la famille qui avance et la famille qui recule » a été traduit, hier, par deux principales actions.
26/05/2013 - 18:47 mis a jour le 26/05/2013 - 18:54 par Saïd Tissegouine
Conformément à ses missions scientifiques et culturelles, la maison de la culture Mouloud Mammeri de Tizi-Wezzu a organisé une manifestation de deux jours, à savoir les 25 et 26 de ce mois, en guise d’hommage au célèbre écrivain et journaliste, Tahar Djaout, dont l’engagement intellectuel pour la cause juste lui a coûté la vie.
Le rappel du parcours littéraire, journalistique, poétique et intellectuel de l’auteur du célèbre dixit « la famille qui avance et la famille qui recule » a été traduit, hier, par deux principales actions.
La première : le déplacement dans la matinée à partir de Tizi-Wezzu-ville jusqu’à Oulkhou (Azeffoun) des manifestants pour se recueillir sur sa tombe.
La seconde : une riche exposition de documents concernant sa vie et son œuvre au niveau du grand hall de la maison de la culture. Il va sans dire que parmi cette riche documentation exposée figuraient aussi les propres écrits de Tahar Djaout. Parmi ceux-ci justement, le manifestant culturel et scientifique peut y trouver des livres tels que « les Vigiles », « les Chercheurs d’os », « les rets de l’oiseleur », « l’exproprié », etc.. Même un numéro de Ruptures a figuré sur le pupitre ayant servi de support d’exposition.
Sur un autre rayon, ce sont quelques poèmes du défunt qui ont fait l’objet d’une exposition. C’est le cas « Soleil bafoué », poème extrait de l’ouvrage poétique « l’Arche à vau-l’eau (1978) », « Saison tardive », « terre ferme », « Poème pour Nabiha », « Comme avant » sont des poèmes extraits de l’ouvrage intitulé « Pérenne (1983) ».
Sur un autre rayon, ce sont livres consacrés au journaliste-écrivain qui sont exposés. On peut y trouver effectivement « Tahar Djaout, fragments d’itinéraire journalistique », par Abdelkader Djeghloul, « Tahar Djaout, un écrivain pérenne », par Rachid Mokhtari, « Tahar Djaout, premiers pas journalistiques », par Youcef Mérahi.
Dans la cour de la maison de la culture, ce sont des citations de célèbres écrivains qui ont l’objet d’inscription sur des banderoles lesquels ont été proposés à l’oeil curieux et critique. En effet, en lisant avec attention on devine que feu Tahar Djaout les a non seulement lues mais s’en est aussi servies comme repères dans son parcours de plume. Entre autres de ces citations, on peut lire : «  Si l’on appelle écrivain un homme qui écrit, on appelle aujourd’hui un jeune écrivain qui a l’intention d’écrire (Alfred Capus) », « Le poète ne doit avoir qu’un modèle, la nature ; qu’un guide, la vérité (Victor Hugo) », « C’est ainsi que j’ai fait la connaissance avec le monde et le rêve. J’ai vu le juste et le méchant, le puissant et le faible, le rusé et le simple (Mouloud Feraoun) », « Un livre est outil de liberté (Jean Ghéhenno) ».
Biographie :
Tahar Djaout est né le 11 janvier 1954 à Oulkhou (Ighil Ibahriyen) près d’Azeffoun en Kabylie dont il fréquente l’école jusqu’en 1964. Sa famille s’installe ensuite à Alger.
En 1970, sa nouvelle « Les insoumis » reçoit une mention au Concours littéraire « Zone des tempêtes ». Il achève ses études l’année suivante au Lycée Okba d’Alger et obtient en 1974 une licence de mathématiques à l’Université d’Alger, où il s’est lié avec le poète Hamid Tibouchi.
Tahar Djaout écrit ses premières critiques pour le quotidien El Moudjahid, collabore régulièrement en 1976 et 1977 au supplément El Moudjahid Culturel puis, libéré en 1979 de ses obligations militaires, reprend ses chroniques dans El Moudjahid et se marie.
Responsable de 1980 à 1984 de la rubrique culturelle de l’hebdomadaire Algérie-Actualité, il y publie de nombreux articles sur les peintres et sculpteurs (Baya, Mohammed Khadda, Denis Martinez, Hamid Tibouchi, Mohamed Demagh) comme sur les écrivains algériens de langue française dont les noms et les œuvres se trouvent alors occultés, notamment Jean Amrouche, Mouloud Feraoun, Mouloud Mammeri, Mohammed Dib, Rachid Bey, Jean Sénac, Bachir Hadj Ali, Hamid Tibouchi, Messaour Boulanouar, Youcef Sebti, Kamel Bencheikh, Abdelhamid Laghouati, Malek Alloula, Nabile Farès...
En 1985 Tahar Djaout reçoit une bourse pour poursuivre à Paris des études en Sciences de l’information et s’installe avec sa femme Ferroudja et ses filles dans un plus que modeste deux pièces aux Lilas. De retour à Alger en 1987, il reprend sa collaboration avec "Algérie-Actualité". Alors qu’il continue de travailler à mieux faire connaître les artistes algériens ou d’origine algérienne (par exemple Mohamed Aksouh, Choukri Mesli, Mokhtar Djaafer, Abderrahmane Ould Mohand ou Rachid Khimoune), les événements nationaux et internationaux le font bifurquer sur la voie des chroniques politiques.
Il quitte en 1992 Algérie-Actualité pour fonder avec quelques-uns de ses anciens compagnons, notamment Arezki Metref et Abdelkrim Djaad, son propre hebdomadaire : le premier numéro de Ruptures, dont il devient le directeur, paraît le 16 janvier 1993.
Victime d’un attentat islamiste organisé par le Front islamique du salut (FIS), le 26 mai 1993, alors que vient de paraître le n° 20 de son hebdomadaire et qu’il finalise le n° 22, Tahar Djaout meurt à Alger le 2 juin et est enterré le 4 juin dans son village natal d’Oulkhou.